Les 61 collectivités désignées en vertu de la SPLI doivent communiquer des données (situation personnelle, âge, sexe, situation familiale et origine ethnique) qui permettront de dresser le profil des cinq populations suivantes :
Pour pouvoir évaluer le travail que fait la SPLI afin de prévenir et de réduire l'itinérance, il faut connaître la population de base de chaque groupe cible, de façon à pouvoir établir des données comparables. Il existe des méthodes qui visent à déterminer la population de chacun de ces groupes. Mais pour le moment, les seules données exactes et fiables dont nous disposons sont celles qui portent sur la population à risque qui a des besoins impérieux de logement et consacre au moins la moitié de son revenu au logement. La SPLI a également estimé le nombre de personnes qui vivent dans la rue et dans les refuges au Canada, en se fondant sur des calculs dérivés des dénombrements faits à des moments précis dans 14 collectivités canadiennes.
Deux sources fournissent un indicateur fiable du nombre de Canadiens à risque d'itinérance, soit les données sur les besoins impérieux de logement de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et les statistiques sur les personnes « ayant des besoins impérieux et consacrant au moins la moitié de leur revenu au logement », calculées à partir des données du recensement. D'après les données du recensement de 2001 révisées en 2004 par la SCHL, environ 1,5 million de ménages avaient des besoins impérieux de logement. Ces ménages consacraient au moins 30 % de leur revenu à se loger et vivaient dans un logement inapproprié et/ou inadéquat. Parmi ceux-ci, 570 700 ménages consacraient au moins 50 % de leur revenu au logement, ce qui leur laissait des ressources limitées pour couvrir leurs autres besoins. Le nombre réel de personnes à risque d'itinérance est encore plus élevé que ne l'indiquent ces chiffres, surtout si l'on tient compte d'autres groupes à risque tels que les personnes qui quittent un établissement de santé ou de justice sans avoir de logement stable et approprié, et les jeunes qui quittent le système d'aide sociale à l'enfance. Soulignons aussi les quelque 3,4 millions de Canadiens qui vivent dans la pauvreté, selon l'Enquête sur la dynamique du travail et du revenu de Statistique Canada.
Pour le moment, la seule méthode utilisée pour dénombrer les personnes qui vivent dans la rue est de faire des décomptes ponctuels. Si on compte, à un moment précis, les personnes qui vivent dans la rue et celles qui sont dans un refuge, les données incluent généralement les personnes ou les familles qui vivent dans la rue et qui n'avaient pas de logement pour la nuit où le décompte a été fait. Ces dénombrements se concentrent généralement sur les sans-abri qui se trouvent dans les zones cibles ou les zones connues généralement fréquentées par des sans abri, et il est donc probable que certaines personnes ne soient pas incluses dans le décompte.
D'après l'étude faite par Statistique Canada pour évaluer la possibilité d'obtenir un décompte précis de tous les sans abri pour le recensement de 2001, la population qui vit dans la rue est celle qui est la plus difficile à joindre et qui exige les démarches les plus coûteuses, puisqu'il est difficile de trouver les sans abri qui vivent dans la rue, de les identifier et de les compter une seule fois pendant la durée de référence d'un sondage.
Pour ce qui est des personnes qui utilisent les refuges pour une courte durée ou en cas d'urgence au cours d'une année ou d'une plus longue période, les données sont actuellement recueillies au moyen de systèmes de collecte de données tels que le Système d'information sur les personnes et les familles sans abri (SISA). Les systèmes de gestion des refuges, comme le SISA, permettent de recueillir des statistiques annualisées. Comme nous l'avons mentionné plus tôt, les décomptes faits à un moment précis incluent seulement les personnes ou les familles qui, le jour du décompte, étaient hébergées pour une courte durée ou en raison d'une urgence. La plupart des personnes qui passent par les refuges ne les utilisent qu'une fois ou deux; elles n'y retournent jamais après avoir trouvé un logement stable. Par conséquent, si on tenait compte de toutes les personnes différentes qui entrent dans le système des refuges ou en sortent, le nombre de personnes qui ont été sans abri pendant une année donnée serait beaucoup plus élevé que ne le montrent les décomptes réalisés à un moment précis.
Il n'existe actuellement aucune méthode systématique et fiable pour compter les sans abri cachés, et il n'existe pas non plus de définition nationale de ce phénomène.
Certaines études soutiennent que les décomptes effectués dans les rues et les refuges sous-estiment le nombre de sans-abri parce qu'ils ne permettent pas de repérer les sans abri cachés. Ces «sans abri cachés », ce sont les personnes qui vivent dans des lieux qui ne sont pas conçus pour abriter des êtres humains, celles qui habitent quelque temps chez une personne puis quelque temps chez une autre, se déplaçant ainsi parmi leurs amis, leur famille ou des étrangers, de même que les populations sans abri vivant dans des collectivités rurales et éloignées. On retrouve aussi parmi les sans abri cachés de nombreuses femmes et de nombreuses victimes qui fuient des situations de violence, et qui cherchent généralement d'autres solutions avant de se rendre dans un refuge ou une maison de transition.
Parmi la population à risque, les personnes vivant en logement supervisé représentent un segment particulièrement important. Pour le moment, on n'a établi aucune façon de compter ces personnes, ni le nombre d'unités dans lesquelles elles habitent. Toutefois, les plans communautaires 2007 établis par la SPLI pour les collectivités désignées exigent que les collectivités déterminent ces chiffres, puisqu'il s'agit d'une population très vulnérable qui n'a pas la capacité de conserver son logement sans faire appel à un soutien financier ou à une aide pour la gestion de la vie quotidienne. Si ces mesures d'appui disparaissaient, ces personnes joindraient probablement le rang des sans-abri.